Samedi 5 septembre 6 05 /09 /Sep 11:53

Victor Hugo – J’ai cueilli cette fleur – Les Contemplations

 

Introduction :

 

Les Contemplations sont un recueil de 158 poèmes rassemblés en 6 livres que Victor Hugo a publié en 1856 et sont considérés comme le chef-d’œuvre lyrique de cet auteur. On retrouve dans ce recueil plusieurs thèmes distincts mais qui tournent toujours autour du lyrisme. Hugo parle bien sûr de l’amour, qu’il jumelle souvent avec la nature, sans qu’ils se confondent néanmoins. Les contemplations sont aussi et surtout une ouvre de deuil, de souvenir de Léopoldine, la fille du poète morte en 1843. Les souvenirs racontés sont ceux de moments heureux passés avec sa fille. Hugo cherche aussi dans ses poèmes à comprendre pourquoi Dieu à repris la vie à sa fille. Il esquisse donc l’hypothèse que la vie se termine par ce mystère de la mort que personne ne peut comprendre, que chacun possède son propre destin. Ici, nous allons étudier un poème nommé J’ai cueilli cette fleur où Hugo présente au lecteur un paysage inhospitalier au lecteur ou pousse une seule et unique fleur. Après avoir évoqué plus haut les buts des contemplations, l’on se doute que Victor Hugo ne s’est pas simplement contenté de décrire un paysage maritime. Ainsi, afin de répondre à la problématique suivante : « Quelle place symbolique occupe Victor Hugo dans son poème ? », nous développerons deux axes : un parallèle entre le poète et la nature, puis une fleur esseulée au milieu des éléments.

 

I - Un parallèle entre le poète et la nature :

 

Victor Hugo installe dès le premier vers de son poème le lieu du déroulement de l’action : une colline « J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline ».

Il présente au lecteur un monde à part qui est repérable grâce au champ lexical de l’hostile « l’ombre, morne promontoire, l’endroit où s’était englouti le soleil, la sombre nuit, un porche de nuées… ». La colline plie sous la force du vent et le déchaînement de l’océan « le vent mêlait les flots, les vagues, sur le flot s’incline… ». L’hostilité est confirmée par la faible présence de vie. En effet, l’aigle seul connait cette colline et seul peut s’en approcher. La fleur évoquée au premier vers, est le seul signe floral présenté par Victor Hugo. Cette monotonie du paysage s’explique par la difficulté à y accéder « l’âpre escarpement qui sur le flot s’incline, fentes du rocher, immense abîme… » et par le rudes conditions « l’endroit où s’était englouti le soleil » qui laisse penser que la nuit tombe vite sur les lieux.

Même l’homme ne parvient pas à dompter cet univers, ni les marins « Des voiles s’enfuyaient au loin diminuées », ni les habitants alentours qui n’ont pour désir que de se protéger « Quelques toits, s’éclairaient au fond d’un entonnoir ».

Néanmoins, cette nature ballottée par les éléments sort victorieuse de ce combat acharné ce qui surprend le poète « Je voyais, comme on dresse au lieu d’une victoire, un grand arc de triomphe éclatant et vermeil ». La symbolique de l’arc de triomphe est ici très forte, car ce monument est une véritable représentation des grandes victoires de guerres qui sont, le plus souvent, terribles. La nature, nous nous en serons rendus compte, est personnifiée, en témoignent les verbes utilisés par Victor Hugo « le flot s’incline, la colline croissait, l’ombre baignait, le soleil englouti… ». En 1851, Hugo s’exile dans les îles anglaises après le coup d’état de Napoléon Bonaparte. C’est là qu’il finit d’écrire son recueil Les Contemplations, où l’on retrouve de nombreux poèmes en l’hommage de sa fille Léopoldine disparue en 1843. Hugo reprend ici la lettre qu’il avait adressé à sa fille à ses 13 ans. Ainsi, l’on peut établir un parallèle entre la nature et le poète. La colline est en fait, la réplique parfaite de l’esprit de Victor Hugo, souvent tourmenté et agressé par la vie.

 

II - Une fleur esseulée au milieu des éléments :

 


Dans cette nature sauvage, la fleur évoquée par Hugo tente de pousser tant bien que mal. Son sort est peu enviable « Pauvre fleur ». Tout d’abord, elle pousse seule, au milieu de ce monde rude présenté précédemment. Elle ne présente aucun intérêt.

En effet, « Elle est pâle, et n’a pas de corolle embaumée, sa racine n’a pris sur la crête des monts que l’amère senteur des glauques goémons ». Enfin, cette fleur va mourir et perdre ces pétales les unes après les autres. Hugo change donc son destinataire. Après s’être adressé à Juliette, il engage maintenant une discussion avec cette fleur. Il la cueille délicatement afin de l’immortaliser, puis lui présente son futur. Le sort de cette fleur est scellé et il ne lui reste plus qu’à être emporté par les vents et les flots vers de nouveaux horizons. Hugo, pour renforcer son argumentation, expose l’idée du destin auquel on ne peut rien changer. Chaque être doit à un moment ou à un autre quitter la terre et mourir « Le ciel, qui te créa pour t’effeuiller dans l’onde, te fit pour l’océan ». Il rappelle pour cela le sein maternel qui symbolise la naissance d’un enfant « Fane-toi sur ce sein en qui palpite le monde ».

Hugo lui conseille donc de mourir sur quelque chose de vivant grâce à des personnifications le la nature « sein, cœur » plutôt que de rester seule dans ce monde hostile. La phrase « Je te donne à l’amour » confirme cette idée.

L’on peut se demander si cette fleur ne peut pas être également un reflet de Victor Hugo, mais le personnage cette fois-ci. Au milieu des médias, de son entourage, à cause de sa célébrité, ne s’est-il pas senti comme cette petite fleur, abandonné de tous et pourtant au milieu de tous ? Hugo « revient à lui » à la fin du poème et cesse de converser avec la fleur, maintenant disparue. La nuit tombée l’incite à quitter les lieux, encore plus triste qu’il ne l’était en arrivant car la noirceur de la vie a pris possession de son âme « Tandis que je songeais, et que le gouffre noir m’entrait dans l’âme avec tous les frissons du soir ! »


Conclusion :

 


Dans ce poème extrait des contemplations, Victor Hugo propose au lecteur la vision d’un paysage hostile, envahi par la noirceur de la vie, où pousse seule une fleur. En étudiant de plus près cet écrit, l’on peut déduire qu’Hugo s’incarne dans deux des éléments de son texte : tout d’abord la colline, tourmentée et agressé et la petite fleur, abandonnée de tous et pourtant au milieu de tous ces éléments trop forts pour elle. Peut-on dire que Victor Hugo cherche à se dévoiler, à présenter ses tourments ?

 

 

 

Par Maxime
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